par Anne Graindorge
![]() |
| Illustration de Rémy Bousquet |
Le temps passe.
Dans une logique implacable il
s'immisce de façon permanente dans nos vies.
Seulement voilà, parce-qu'on a encore un tas énorme de choses à dire à regarder à faire à comprendre à susciter à
embrasser dans la même seconde, on aimerait bien qu'il passe moins
vite. Parce-que la valeur-temps nous a paru à d'autres fois extrêmement longue, on aimerait bien qu'il nous déniche une bombe histoire d'accélérer le processus, surtout lorsqu'on se trouve en
pleine heure d'affluence hivernale.
L'être humain ayant ce don à vouloir
tout maîtriser, du coup on prend plaisir à jouer aux Vendredis du Vins #53 en suivant allègrement la caviste belge de notre groupe,
Sandrine Goeyvaerts, plume de la Pinardothèque, qui a accepté de
signer pour un mois la présidence de nos échanges viniques pourvu qu'elle puisse passer à l'orange façon techno-disco-hip...oups ! mécanik pour changer de saison plus
rapidement.
Orange orange,
OrAnGe ? ORANGE !!
Honnis soit qui bien y pense...
Orange. Comme un fruit, un agrume plus
précisément qui aurait envie de prendre ses quartiers d'été sous
le sunday, parasol planté et orangeade posé, pressé de rafraîchir
la midinette aux glasses effet miroir (que je ne suis pas) et à la
peau d'orange au bronzage abricoté (...) ?
Orange comme dans un monde aux couleurs nuancées, ne sachant plus où me situer entre le réalgar (rouge
orangé) et l'orpiment (jaune orangé) dans une de mes vies antérieures venue directement de l'antiquité ?
Orange comme le N°165 sur le nuancier
pantone, ticket que j'ai tiré par mégarde dans un cauchemar insoutenable ou bâtonnet à lèvres sexy des années 70 ?
Orange. Comme une citrouille qui se
transforme en carrosse vitaminique et dans lequel je file à la
vitesse de la lumière, déguisée en rouquine coquine ? Aïe yayaïe !
Orange, comme une planète étrange sur
laquelle j'observerais des tranches de vie confiturées dans la Cité
des Princes entre vigilance et alerte, feu et détresse ?
Orange comme une mécanik diabolik
née chez Stanley Kubrick un jour de mon année de naissance et que
j'ai découvert heureusement bien plus tard à un âge raisonnable,
ce qui m'a permis de garder juste un grain de folik sans pour autant
être déglinguée à vik...?
...
...
...
...
...
Orange... orange orange... Etrange orange,
orange étrange...
Comme la robe que je portais ce jour-là, sur la terrasse, à l'ombre d'un tilleul un soir d'été, une pointe
de citron s'amusant à frétiller sur le bout de ma langue lorsque je
l'attendais.
Assise jambes croisées perchées sur des ballerines à talon, mes deux bras
nus étaient posés sur la table, devant un verre qui me regardait
sans que je m'en sois rendue compte.
Miles Davis et John Coltrane étaient revenus non loin de
là pour accompagner la simplicité du moment (et mon décolleté) en jouant « All
Blues » tiré de son album « Kind of Blue »...
Lèvres assorties, un arrière plan en
noir et blanc... et c'est parti...
Après avoir senti un parfum discret,
je me suis ensuite laissée inviter à voguer sur une fine tranche
d'orange confite...
Et tangue la mangue et gicle l'abricot...
La chaleur du soleil nous lovait dans
un cocon de velours pendant qu'une belle et longue fraîcheur nous
tenait en alerte. Je me suis retrouvée dans sa vie face à son
regard doux et charmeur, face à ce corps jeune et élancé. Je me suis sentie pétiller, valsant sur cet air le sourire au coeur et la tranche entre les dents. Sur les quais bien évidemment, les lampions éclairant la Loire de Bréhémont.
Mes yeux se troublèrent pour me
réveiller tout à fait.
Face à mon verre vide et sans n'avoir
jamais su qui j'avais eu à mes côtés, je me régale de vous dire
que cette générosité digeste et franche se fait à Azay-le-Rideau
par Pascal Pibaleau.
(Juste entre nous), vous en entendrez parler
de cette appellation. Petite mais sacrément goutue et costaude !
(A ne pas servir trop frais pour rester
dans la cohérence de la rencontre, le chenin sait se dévoiler ici
subtil en apportant avec lui la profondeur du sol argilo-silicieux
sur lequel il vit.
Les vendanges faites à la main, la
fermentation alcoolique se fait sur 14 mois et l'élevage en fût sur
lies fines.
Digestibilité due aux 66 gr de
sucres résiduels uniquement pour un moelleux.)
Oh ! Orange, la couleur de l'épicurien...
Oh ! Orange, la couleur de l'épicurien...
68 route de Langeais
37190 Azay-le-Rideau
02 47 45 27 58







C'est beau (la plume) et ça a l'air très bon (le vin), je pense que la recette de demain devrait pas mal aller avec...
RépondreSupprimerMerci Nathalie ! Je l'attends avec impatience... :-)
Supprimer